#unbonjuif : vers une jurisprudence Twitter ?

Rarement on aura parlé autant de modération que la semaine écoulée…
Et bien évidemment dans ces cas-là, c’est rarement réjouissant.

C’est au tour de Twitter d’être dans l’œil du cyclone désormais, à cause du #unbonjuif.
Pour ceux à qui cela aurait échappé, la genèse de la polémique est reprise pas à pas sur LeMonde.fr

Avec en illustration quelques tweets sélectionnés pour vous :

Twitter peut-il contrôler tout ce qui s’échange sur ses files ? Assurément non.
Mais peut-il supprimer les contenus signalés comme étant contraire à la loi française ? C’est là que cela se complique…

Qu’on s’entende, ce n’est pas un souci technique. Il y a 18mois de cela, le réseau social avait supprimé le compte du très controversé @MixBeat pour un Nième dérapage (notamment envers Maitre Eolas). Mais cet épisode était resté plus ou moins confiné à la sphère des professionnels du Net.

Là, avec #unbonjuif, on entre dans une autre dimension médiatique. L’UEJF et SOS Racisme se sont emparés du problème, avec un fort échos dans la Presse et l’ensemble des medias « grand public ». Twitter risque d’avoir beaucoup de mal désormais à se cacher derrière ses 2 principaux arguments :

1) Nous n’avons pas réellement de présence en France
2) Nous sommes une société de Droit Américain qui défendons la liberté d’expression comme « un droit inaliénable de l’être humain ».

Aux USA, la liberté d’expression est quasi totale alors qu’en France des textes de lois existent pour réprimer la diffamation, la discrimination raciale, l’incitation à commettre un crime, etc… Dialogue de sourd, entre une association comme l’UEJF qui demande l’instauration d’une modération sur Twitter (après tout, il semble qu’il y en ait une sur Facebook) et un réseau social US qui a tout intérêt à ne pas le faire, malgré les retombées négatives sur son image de Marque.

Car si Twitter accepter de céder ce coup-ci, où sera la limite ? A partir de combien de tweets illégaux faudra-t-il intervenir ? Sur quels sujets ? Cette nouvelle « Jurisprudence » serait bien encombrante. A noter qu’actuellement, le Racisme ne fait pas partie des comportements proscrits par Twitter (par contre, gare à vous si vous usurpez l’identité de quelqu’un :-) …).

Il est intéressant également de noter que le problème n’est pas spécifique à la France.
Les autorités allemandes ont réussi à faire bloquer par Twitter le compte d’un groupe neo-nazi (mais en Allemagne seulement) .
En Angleterre, les autorités préfèrent s’en prendre à ceux qui émettent les tweets, mais ils ne sont pas toujours identifiables. Nick Griffin, du British National Party (BNP) , un parti d’extrême droite, fait l’objet d’une enquête de la police locale suite à des tweets homophobes.

Outre-Manche, les réseaux sociaux suscitent un nombre croissant d’arrestation au motif de dérapages. A tel point que le plus haut procureur du Royaume, Keir Starmer, travaille actuellement à définir de nouvelles règles de répréhension.

Les cas récents en Grande Bretagne ne manquent pas :

  • Tout d’abord, un jeune homme condamné à 12 semaines de prison pour avoir posté des choses offensantes sur sa page Facebook au sujet de la disparition d’une enfant de 5 ans. Certes, celui-ci a aussi souligné l’intention humoristique de ses messages, mais la juge l’a tout de même condamné à la peine maximale. Soulignant que de toute façon cela aurait aussi pour conséquence de le protéger. La maison de l’intéressé était, en effet, victime de représailles de la part de la population et sa sécurité était menacée, preuve de l’offense ressentie par l’opinion publique.
  • Un autre a échappé de peu à un jugement grâce à des excuses qu’il a eu l’intelligence de poster très rapidement après des allusions homophobes au sujet d’un nageur star des jeux olympiques de cet été. Précisant qu’il ne pensait pas que son tweet serait aussi fortement relayé.
  • Encore un s’est fait arrêter pour avoir créé une page fan à la gloire d’un criminel ayant tué deux policiers britanniques et où l’on pouvait pourtant lire des messages se raillant de leur mort émanant de nombreux internautes.
  • Un dernier fut condamné à 300£ d’amende et 240 heures de travail d’intérêt général pour avoir tweeté “all soldiers should die and go to hell”. Il faut dire que le commentaire en question fut publié alors que le pays déplorait la perte de plusieurs de ses soldats en Afghanistan.

Keir Starmer pointe, finalement, la responsabilité des réseaux sociaux et les invite à plus de diligence. Selon lui, on éviterait bien des désagréments si les contenus inadaptés qui y circulent étaient modérés… ralliant en cela l’opinion de beaucoup de français.

Sale semaine pour Twitter … et cela risque bien de ne pas s’arrêter là !