Affaire des tweets antisémites #UnBonJuif : chronologie des faits

En octobre 2012, tous les médias parlent de Twitter. La raison ? Une déferlante de messages anti-sémites postés par des utilisateurs du site ! Retour sur la chronologie de cette affaire.

Rappel de faits

Le 10 octobre 2012, le hashtag #unBonJuif remonte en 3ème position des Trendings Topics (ou TT) de Twitter. Les Trendings Topics sont une fonctionnalité de Twitter affichant les tendances du moment sur le réseau social. Au total, pas moins de 1600 personnes se sont exprimées via ce hashtag. Voici les tweets les plus virulents :

Réaction des associations

En réaction à ces tweets, plusieurs associations s’unissent : SOS Racisme, le MRAP, le Conseil représentatif des institutions juives de France ainsi que l’Union des Étudiants Juifs de France (UEJF). Le dimanche 14 octobre, dans un communiqué de presse, l’UEJF demande un rendez-vous d’urgence avec Twitter France afin de notamment mettre en place un nouveau système de modération / signalement de tweets. Sans réponse de la part de l’entreprise, l’association décide de porter plainte. Nous sommes le mardi 16 octobre. Sous pression, Twitter propose alors une réunion téléphonique (Twitter n’ayant pas de bureau en France) avec l’UEFJ pour le jeudi 18 octobre.

Refus de Twitter

Au sortir de cette réunion, l’UEJF n’obtient pas satisfaction. En effet, Twitter ne se pliera pas aux demandes de l’association. Celle-ci souhaitait la suppression des tweets signalés comme antisémites, ainsi que la divulgation d’informations qui permettrait l’identification des auteurs de ces messages. Afin de justifier sa position, les responsables de Twitter évoquent le droit américain. Dans ce pays, où les données sont hébergées, la liberté d’expression y est plus permissive qu’en France. Twitter indiquera qu’il ne fera rien à moins d’y être contraint par la justice.

Twitter change d’avis

L’UEJF, toujours le jeudi 18 octobre, annonce qu’elle va s’en remettre à la justice Française en portant plainte. Cette plainte se fait en référé afin d’accélérer le retrait des messages. Suite à cette action, Twitter décide finalement par lui-même de faire des concessions. Vendredi 19 octobre, l’UEJF annonce qu’elle a obtenu de Twitter le retrait des tweets concernés. L’avocat de l’association, Me Stéphane Lilti, se félicite d’une « importante victoire ».

Le gouvernement prend en main le dossier

Fin décembre 2012, la porte parole du gouvernement et ministre des droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, réclame des mesures pro-actives contre les messages considérés comme abusifs. Elle sera reçu par l’entreprise américaine le 8 février 2013.

La justice rend son verdict

Par ordonnance de référé du 24 janvier 2013, le tribunal de grande instance de Paris estime que la loi française est applicable. En conséquence, il enjoint à Twitter de communiquer aux associations les données d’identification des auteurs des messages, mais aussi de mettre en place un dispositif permettant à toute personne de signaler à la société l’existence de contenus illicites.

Twitter traine des pieds

Le 20 mars 2013, l’UEJF constatant l’immobilisme de Twitter, décide d’agir à nouveau. L’association porte plainte contre Twitter, au pénal cette fois, pour ne pas avoir répondu à la demande de la justice française du 24 janvier. Elle réclame 38,5 millions d’euros qu’elle s’engage à reverser au Mémorial de la Shoah en cas de gain de cause.

Moins d’un mois plus tard, le 11 avril 2013, l’UEJF porte à nouveau plainte contre Twitter pour ne pas avoir retiré l’intégralité des tweets antisémites signalés en octobre dernier, soit 5 mois auparavant.

Twitter se plie enfin à la décision de justice

Il faut attendre le 12 juillet 2013 pour que Twitter accepte finalement de livrer des données d’identification des auteurs des tweets à la justice.

Au final, c’est une procédure longue de 8 mois pour aboutir au retrait d’une poignée de messages antisémites et à l’obtention d’informations sur les auteurs. Informations qui n’ont que peu de chance de permettre leur identification, l’adresse IP, constituant le principal identifiant, pouvant être changée ou masquée.

Mais pour Jonathan Hayoun, président de l’UEJF, la victoire est ailleurs. D’une part, le géant américain a plié devant la justice française. D’autre part, cette victoire est pédagogique. Elle montre qu’on ne peut pas publier n’importe quoi impunément sous prétexte que l’on s’exprime sur Internet. Chacun reste responsable de ses propos, sur Internet comme dans la vrai vie.

Twitter doit encore progresser

Cette affaire de tweets antisémites n’était pas encore bouclée que Twitter faisait à nouveau parler de lui à cause d’abus de ses utilisateurs. Le 15 juin 2013, la militante anti-racisme et chroniqueuse RTL se fait menacer de viol :

En Angleterre cette fois, ce sont huit femmes, notamment des journalistes et députés, qui ont porté plainte pour « harcèlement, communications malveillantes et menaces de mort ». La banque d’Angleterre avait annoncé sa décision de faire apparaitre le visage de l’écrivaine militante Caroline Criado-Perez au dos des billets de dix livres dès 2017. Cela n’a pas plu à tout le monde !

A travers le responsable de la filiale anglaise, Twitter a rapidement réagit, en s’excusant :

Ces affaires en cascade suffiront-elle à faire prendre conscience à Twitter de l’importance de la modération de ses utilisateurs ? La réponse semble être « oui » puisque l’entreprise vient d’annoncer le déploiement progressif de la fonctionnalité de signalement. L’effet sera-t-il le même sur les utilisateurs et assistera-t-on à une auto-modération ? Rien n’est moins sûr, malheureusement !

 

Pour aller plus loin :