Il se retrouve devant les tribunaux pour avoir publié un commentaire

Lorsque cet internaute a publié son commentaire, il ne se doutait pas qu’il finirait devant les tribunaux. Pourtant, l’hôtel dans lequel ce Canadien et son fils ont séjourné vient bel et bien de porter plainte. Cet événement encore rare (pour le moment) souligne la responsabilité que nous engageons lorsque nous publions un commentaire en ligne.

Copie d’écran du commentaire publié sur le site TripAdvisor par le client Québécois. Source : www.huffingtonpost.ff

l’Hôtel porte plainte contre le commentaire

Lorsque Laurent Azoulay poste son commentaire sur le site TripAdvisor, il souhaite simplement partager son expérience. Ce Canadien était venu passer 2 jours près de la ville de Quebec afin d’accompagner son fils. Celui-ci participait à un tournoi de hockey. Mais ils passent un moment particulièrement désagréable dans l’Hôtel 4 étoiles. Un séjour « Horrible », selon les propres termes du père. Des puces de lits sont venues interrompre sa nuit, et le manager n’a semble-t-il pas pris les bonnes décisions afin de remédier au problème. Rien d’exceptionnel jusque là. Sauf que l’hôtel n’est pas d’accord avec le commentaire, et décide de porter plainte.

L’internaute risque-t-il une condamnation ?

A quoi s’expose l’internaute qui a posté un commentaire sur TripAdvisor ? A pas grand chose me direz-vous. Et bien non ! En s’attardant sur les conditions d’utilisation du site, on peut lire

Attention: toutes vos déclarations sont susceptibles d’être utilisées dans le cadre d’actions en justice. La fourniture par vous d’informations mensongères, inexactes ou trompeuses peut engager votre responsabilité civile et pénale ».

Des implications qui en surprendront plus d’un. Car la perception qu’ont les internautes de leurs actes sur le net n’est pas la même que dans la vraie vie. Derrière leur écran, ils ont le sentiment que rien n’est grave. Que leurs actes ne sont pas véritablement visibles ou qu’ils sont sans conséquences.

Sur Internet, les internautes ne mesurent pas l’impact de leurs actes

D’autres illustrations, s’il en fallait. Regardez les récentes histoires de tweets antisémites. A travers le hashtag #unBonJuif, une déferlante de tweets antisémites avait fait son apparition sur le réseau social. Facebook ne fait pas non plus figure de modèle. Avez-vous déjà essayé d’y débusquer des propos racistes ? Plutôt facile : la page « Marre de se faire traiter de facho quand on aime la France«  comptabilise plus de 22 000 membres, celle islamophobe « Je mange du porc et je t’emmerde » rassemble quant à elle plus de 85 000 « fans« . Des chiffres pas très éloigné du nombre d’adhérents aux partis extrêmes. A la différence que sur Facebook, la liste des membres est publique. Elle est accessible à tous, depuis partout ! Tout comme le commentaire de ce québécois sur le site TripAdvisor. C’est le fait que cette information soit publique qui change la donne. Elle fait publicité à l’établissement concerné.

Vers une jurisprudence ?

En portant plainte, l’hôtel fait lui-même la publicité d’un commentaire désastreux pour l’image de son établissement. Pour quelle raison a-t-il décidé de recourir à la justice ? Le client serait-il manifestement de mauvaise foi ? L’hôtelier dispose-il de preuves irréfutables de la salubrité de ses chambres ? Voilà une tâche bien difficile qui attend le juge.
Et surtout, quelle attitude l’entreprise TripAdvisor devrait-elle adopter ? Peux-être sera-elle condamnée ? La promesse du site est de rassembler un maximum de témoignages afin de dégager une tendance. Son but n’est pas de garantir l’exactitude ni la véracité des témoignages.

Par extension, on peut imaginer qu’un restaurateur porte plainte contre un utilisateur du site lafourchette.com (site d’avis sur des restaurants) pour avoir indiqué qu’il avait aperçu des cafards en cuisine. Ou encore qu’un constructeur automobile traduise en justice l’utilisateur d’un forum pour avoir déclaré que la tenue de route du modèle phare du fabriquant n’était pas au rendez-vous.
D’ici quelques mois, le juge Québécois rendra son verdict. Une décision qui ferait, si jamais elle donnait raison à l’hôtelier, jurisprudence. Et verrait peut-être la multiplication de ce type d’actions en justice. Avec le nombre croissant de commentaires publiés tous les jours sur les sites d’avis, on souhaite bien du courage aux juges !