Ces libertaires qui nous detestent…

« Modération = censure ». C’est le credo d’un certain nombre d’individus qu’on peut qualifier de libertaires. La fermeture récente de Megaupload les a mis sous les feux de l’actualité ces derniers temps. Et ils détestent la modération et les modérateurs.

Un rapide tour sur Wikipedia nous apprend que le terme « libertaire » a été créé par un écrivain anarchiste, par opposition au terme « libéral ». Les libertaires militent contre toutes formes d’autorité. Aujourd’hui cohabitent une bonne dizaine de formations libertaires comme « La coordination Anarchiste » ou encore le « Syndicat Intercorporatif Anarchosyndicaliste ». Mais la plupart des libertaires n’appartiennent à aucune organisation de ce type. Certains sont d’ailleurs très ancrés à droite, contrairement à ce qu’on pourrait penser.

Si je vous parle d’eux aujourd’hui, c’est parce qu’ils parlent beaucoup … de moi :-)
Et pas en bien ! Ainsi que de la société que je dirige, Netino. Je ne savais pas qu’on avait autant d’ennemis ! Ils s‘expriment souvent sur Agoravox et « feu » Le Post mais aussi sur leurs propres blogs.

Quelques verbatim pour mieux comprendre de qui on parle :

«Liberté du web menacée : C’est pire que vous n’imaginez »

Ce n’est pas la liberté du web qui est menacée, c’est la liberté tout court. 

Ce journalisme, d’ici ou d’ailleurs, qui se fait souvent le porte-parole naïf ou complice de la désinformation entretenue par les puissances politico-financières, lobbies et communicants rémunérés pour manipuler l’opinion à coups de sondages et messages [non] subliminaux.. je suis presque convaincu que la (les) vérités qui nous entourent nous sont méconnues voire falsifiées. Cette idée d’un web libre d’échanges en tous genres avait en mon sens toutes les raisons de s’accorder avec n’importe quel gouvernement : il nous sert d’exutoire qui une fois accomplis pour la plupart d’entre nous nous replonge dans nos carcans de l’existence réelle. Il nous permet de continuer de nous abrutir de média en toutes sortes et donc de ne pas comprendre véritablement la portée de nos conditions de vies ; il sert de baromètre aux élites dirigeantes pour le cas échéant agir de manière ponctuelle (fermeture en chine et ailleurs).

Ces « défenseurs de la liberté d’opinion » voient le modérateur comme un ennemi. Ils ne peuvent / veulent pas comprendre qu’un site de presse national se doit tout de même contrôler ce qui se dit dans ses pages. Question d’Image de marque mais aussi pour se protéger juridiquement : des propos illégaux leur seraient reprochés.

Les sites de presse qui ouvrent leur audience aux lecteurs ne sont pas prêts à accepter tout type de propos. Généralement, d’ailleurs, c’est la forme qui est incriminée plutôt que le fond. C’est une réalité et je ne vois pas en quoi elle est répréhensible. Doit-on aussi critiquer la ligne éditoriale ? Le choix des articles ? Le profil des journalistes ? Un media, ce sont des choix quotidiens. Un media, c’est un espace privé qui n’appartient qu’à ses dirigeants. Il y en a suffisamment pour qu’on ne soit pas obligé de les lire… ni de commenter ! Chacun peut s’exprimer sur son propre blog ou ailleurs…

J’ai parfois tenté le dialogue avec certains d’entre eux, mais c’est peine perdue. Visiblement en tout cas, je suis très « populaire » au sein de ce milieu… ! L’un de ces « libertaires » s’est même permis d’informer le web que je suis marié avec deux enfants. J’ai enlevé depuis les photos de mes gosses qui trainaient sur le web, on ne sait jamais…

Netino en prend également pour son grade :

La fin de la liberté proche ? Plusieurs signes qui ne trompent pas.. D’abord, toutes les plateformes de blogs des médias ont supprimé l’indexation des billets des blogueurs : 20minutes.fr, nouvelobs.fr.. Certains ont même instauré une modération sauvage des textes et des commentaires, via un prestataire extérieur appelé Netino …

Pour ma part je sais bien que Netino est une entreprise dangereuse pour la démocratie sans aucun doute, il se croit tout permis et ils détruisent la liberté d’expression […] Les gens comme partout dans le monde face aux tentatives d’instauration de la pensée unique finissent par se révolter et Netino censure les opinions et par là montre son mépris de notre constitution et notre convention Europenne

Rien que ça ! Mais c’est pas tout :

Le censeur (le censor librorum) délégué de l’Église catholique romaine pour éditer un travail traitant de la foi, de la morale, de la liturgie, d’un livre de prière ou encore traitant des « Saintes Écritures » est devenu « modérateur » chez Netino le siège de l’imprimatur de la république et du Net Français le gardien du politiquement correct.

Que ce soit une société extérieure qui modère leur pose un souci de légitimité. Ce faire « censurer », c’est déjà blessant pour l’ego; si en plus ce n’est pas un journaliste qui le fait, c’est pire, pour certains ! Qui laissent à penser que nos actions sont prises en toute indépendance vis à vis de la Rédaction. Comme si Netino avait le pouvoir de décider ce qui doit rester en ligne ou pas ! Le modérateur n’est qu’un exécutant qui tache d’appliquer au quotidien les règles fixées par la Rédaction dans la Charte de modération. Certains nous accordent décidément beaucoup de pouvoir …

Pour conclure, un petit renvoi vers un sondage de 2011, dont on parlait ici, qui évoquait les 15% d’internautes pensant que «modération = censure »… et les 25% d’autres qui pensent que la modération est trop permissive ! Pas simple de plaire à tout le monde…

 

5 Responses to “Ces libertaires qui nous detestent…”

  1. Bruno Landrieu 12/07/2012 at 12:22

    Vous dites un peu n’importe quoi. Du début à la fin.

    Le début : Modération=Censure n’est pas une équation libertaire. Il ne s’agit pas d’une théorie de la modération mais d’un reproche adressé aux modérateurs. Libre à vous de croire qu’on vous déteste parce qu’on vous demande de vous remettre en question…

    La fin : « On ne peut pas plaire à tout le monde ». Ça, c’est l’objectif commercial de la modération. L’approbation des gens n’est certainement pas un critère en matière de justice. Sur un blog de gauche des commentaires de gauche, sur un blog de droite des commentaires de droite, et chacun dans son monde ? Voilà ce que cela donnerait, pourvu que les modérateurs restent neutres, avec un objectif pareil.

    Je viens d’aller faire un tour sur Netino voir le profil des gens qu’ils recrutent. Comme la société externalise, il leur faut avant tout des gens qui maîtrisent la langue et la culture générale. Mais jamais il n’est fait mention de connaissances en droit. Et d’ailleurs pourquoi faire ? Les modérateurs de Netino se réfèrent non pas au code civil mais à une charte qu’ils ont eux même élaboré.

    Concrètement, un mec comme moi peut se farcir d’un long texte, argumenté et modéré dans le sens vrai du terme (qui tient compte des arguments de tous, la base du respect) et être censuré dans le vrai sens du terme (ses propos non publiés) sans jamais ne recevoir d’explication, sans jamais pouvoir crier à l’injustice. Sans doute dans un tel cas les idées défendues ne plaisent pas au modérateur, à moins que ce ne soit les instruction du client à Netino. Le mec comme moi entrera alors dans la catégorie réfractaire à la modération façon 2.0 ! Un autre commentateur, venu non pas pour donner un avis mais pour se faire des copains, pourra d’un autre côté être tout a fait satisfait dès lors qu’on ne l’empêche pas d’abonder dans le sens de ses amis.

    Bref, aujourd’hui la censure est l’oeuvre des commerçants d’opinion sur le web 2.0 et ce sont les modérateurs qui en sont les instruments. Voilà ce que veut dire l’équation modérateur=censeur (et non modération=censure). Bien entendu, c’est parce que la censure et la modération ne sont pas la même chose qu’on reproche aux modérateurs de se comporter comme des censeurs.

    Est-ce si difficile à comprendre ? Non, mais ça ne fait pas plaisir à qui veut exercer le métier de « modérateur » ou en fait, de censeur. Quelle rapport avec le libertarisme sinon qu’on donne aux investisseurs la possibilité d’exercer leur propre justice ? Je ne vois aucun esprit libertaire à défendre la liberté d’expression telle qu’on nous l’enseigne à l’école !

    Censurer : Interdire la publication en faisant preuve d’autorité.
    Modérer : Assagir une discussion, des propos, en faisant preuve de tempérance.
    Paradoxe Netino : C’est en censurant qu’on modère.
    Objection des commentateurs : Quand on modère effectivement, il n’y a pas grand chose à censurer.

    Ainsi, au temps du web 1.0, sur les forums de discussion, le modérateur passait plus de temps à déplacer les commentaires en regard des sujets de discussion et aussi il intervenait lui même dans la discussion et justifiait toujours sa position. Aujourd’hui, les gens s’expriment sur des blogs d’avantage que sur des forum et les habitudes ont bien changé…

  2. Monsieur Mani

    Je ne vous connaissais pas et ne savais, même pas, que l’objet de société que vous dirigez, existait.
    Vous ne pouvez nier que le « politiquement correct » a tout envahi et pire, à mes yeux, a été légiféré…jusqu’à ce que les médias soient obligé de faire appel à vos services Nous nous moquons, souvent des USA, mais il me semble, que parfois, ce pays pourrait nous donner des leçons…de démocratie; si on attache au mot démocratie, celui de la liberté d’expression car il n’existe pas de demi-liberté; c’est la raison pour laquelle certains parlent de censure pour signifier la modération. Vous connaissez, la phrase célèbre de Voltaire défendant la libre expression…
    Le problème est que les médias, à travers des forums, des commentaires d’articles, veulent se présenter comme des défenseurs de la liberté d’expression du citoyen, alors que l’appel au concept de modération, est antinomique à cela. Si la démocratie sanctifie la capacité de chacun au jugement et à son expression, nous devons pouvoir accepter tous les excès de l’exercice de cette expression.
    En fait, les médias, à travers les forums ouverts mais « modérés », vendent un produit sans saveur, afin de toucher le maximum d’individus. L’agroalimentaire fait pareillement. C’est autant la liberté que le goût qui disparaissent.Personne ne nie le risque « d’excès » de toute nature mais la conservation de la liberté, comporte, en soi un risque. Il est vrai, que cette notion de risque est contraire à celle d’assistance, qui a envahi la société française. Le fondement même et la justification de l’objet de votre entreprise, est peut-être là ; de sorte que vous n’avez aucune crainte à avoir quant à votre prospérité…mais la liberté et la démocratie en pâtissent déjà.

  3. Pour pousser la réflexion, il me parait indispensable de comprendre le lien entre journalisme et modération.

    Avant le web 2.0 la modération ne se pratiquait que sur les forums de discussion. Le journalisme a depuis adopté le modèle du blog, qui permet de gérer des commentaires. Un peu comme sur les forum, les discussions s’épanouissent. Mais est ce que le journalisme souhaite vraiment mener les débats ?

    Pour cela, il faut rassembler et laisser exprimer des opinions divergentes, accepter que l’auteur soit contredit. Souvent, les commentateurs sont instruits et avertis. Un journaliste qui pond un mauvais article (pour ne pas dire qu’un article peut respirer parfois la désinformation ou la manipulation d’opinion) se fait tourner en ridicule aussitôt. L’information circulant très vite sur le net, un commentaire bien placé peut avoir beaucoup d’impact. Quand la gestion des commentaires est possible, c’est le cas sur le Nouvel Obs par ex, on peut suivre l’activité de chaque commentateurs. Certains commentateurs font plus d’Audimat que certains journalistes.

    Si le journalisme a intérêt à laisser les commentaires se développer pour concurrencer les blogs, il n’est pas question qu’il laisse non plus le phénomène prendre trop d’importance…

    Plusieurs techniques ont vu le jour. La première, sous prétexte de réactivité de l’info, consiste à abreuver le lecteur de messages « en temps réel ». Concrètement, un article vit une demie journée, en moyenne. Parfois quelques minutes… De cette façon, les commentaires ne sont jamais suivi très longtemps. Ainsi, plusieurs article par jour parlent d’un même sujet, sur une même page d’accueil : Un article vierge remplace un article dès qu’il est sérieusement commenté.

    Une autre technique consiste à ne présenter que des faits. L’opinion n’est plus dans l’article mais dans la présentation de l’article. Avant, quand on se contentait de lire les titres, on avait les faits d’abord, l’opinion du journaliste ensuite. Maintenant on pratique l’inverse. Il n’y a plus que des titres à lire, qui ne sont jamais que des jugements de valeur, et quelques faits suivent minablement comme si ils devaient forcément justifier cette seule opinion. De cette façon, les commentaires n’ont plus vraiment de prise sur l’actualité. En fait, c’est carrément aux commentateurs de faire le travail du journaliste, c’est à dire proposer différentes explications pour un phénomène et relativiser. Mais qui en a le courage, la patiente et qui voudrait le faire pour voir ses commentaires oubliés ou censuré ? Non, la plupart des gens se contente alors de quelques anecdotes croustillantes ou plutôt viennent renforcer un jugement déjà exprimé. Ceux qui sont choqués par les propos d’un journaliste et le disent trop brutalement sont censuré, naturellement. Comme si les gens étaient coupables d’agressivité verbale, alors qu’ils fustigent un parti pris à priori par un professionnel de l’information !

    Il y a enfin la technique de la « modération » à priori. On ne modère plus suite à une plainte ou une relecture de la conversation dans son ensemble. On approuve ou désapprouve chaque phrase avant édition. On peut même enlever des morceaux d’un message et laisser un autre morceau sans consulter l’auteur. Ce qu’un modérateur n’accepte pas (disons le matin) un autre le tolère (le soir par exemple). Bref, la modération est arbitraire, systématique et toute puissante. Ainsi, sur tel site on peut laisser passer un message disant que les français sont racistes et censurer un message disant qu’ils ne le sont pas, tandis que sur un autre site on fera exactement l’inverse. Pour s’exprimer il faut l’autorisation du modérateur qui n’hésitera pas, le cas échéant, a repousser tel commentateur vers d’autres sites web où les gens partageront sont opinion. C’est même très courant sur de nombreux sites dits d’information.

    Bref, on savait déjà que le clivage des médias suivant le modèle gauche/centre/droite (Libé/Le Monde/Le Figaro) renforçait le clivage dans l’opinion. Mais aujourd’hui, avec la modération et le commerce d’opinion sous couvert de journalisme, ce clivage prend des proportions dramatique.

    Cependant, une bonne partie de l’opinion a compris que le clivage gauche/droite était quelque peu arbitraire. Quel type d’employé et quel type de patron d’abord ? A empêcher le rassemblement des forces de travail, on comprend bien qu’on ne fait qu’immobiliser le pays. Aujourd’hui apparaît un autre clivage. Pro ou anti système ? Subversif ou abusif ? On dit souvent que le système est représenté par l’UMPS et les opposants par les extrèmes. C’est aller un peu vite en besogne. Le système, c’est d’abord la caste médiatico-journalistique qui veut dicter l’opinion. Certes, les grands partis n’osent pas prendre le risque de tout perdre en s’opposant aux médias, mais les petits partis si. C’est tout. C’est un autre clivage qui se met en place, tandis que les anciens clivages persistent tout de même. Bref, c’est la crise, pas seulement la crise économique, la crise de l’opinion.

    Certainement, un jour la modération devra rendre des comptes. Elle sera accusé de tous les mots, tout ça ne fait que commencer.

    Les journalistes ont profité de leur pouvoir pour instauré un système ou chaque phrase de chaque commentaire est contrôlé avant publication, éventuellement censurée. Demain, ce sont les mêmes journalistes qui devront se plier à cette règle de censure, pas seulement les commentateurs, c’est très probable.

    Et peut être qu’il faudra attendre longtemps avant que l’opinion ne se rebelle vraiment. C’est elle qui voudra prendre le pouvoir aux journalistes (critiqués) pour le donner aux modérateurs institutionnels (qui gèrent dans l’ombre), ce qui ne pourra qu’empirer les choses. La critique de la modération a tout intérêt à prendre les devant si elle veut que cela n’arrive pas.

    Et donc un modérateur qui vient nous faire part de ses réflexions sur les commentaires de son époque, alors qu’il passe sa vie à faire le tri dedans… t qui se modère lui même. A la limite, le site de M. Nani est une insulte au bon goût. La seule chose de positive, c’est qu’on peut mettre un nom et un visage sur le type qui pense savoir mieux que nous ce qu’est une opinion acceptable.

    Un modérateur qui veut nous apprendre son métier en somme…

    Monsieur Nani, sachez que toutes les opinions sont acceptables, parce qu’elles ne seraient pas formulées si ce n’était pour s’opposer à une autre opinion déjà formulée. Par contre, votre opinion à vous, si vous vouliez la donner, il fallait choisir un autre métier. On ne peut pas être juge et parti. En ouvrant se site, vous avez ouvert une plateforme pour vous en prendre plein la gueule.

    Le principe des commentaires dans les médias, au lieu de pousser les journalistes à mieux travailler, fait exactement l’inverse, la modération en est l’effet pervers.

  4. Bonjour M. Mani,

    Quand à moi, c’est la qualité de votre « modération » que je mets en doute. Lorsque l’on a recours à des employés dont la langue maternelle n’est pas le français (Maroc, Sénégal, Madagascar…) pour modérer des sites français. On ne peut pas affirmer que l’on fait du bon travail. Que l’on dégage une bonne marge certainement. Mais que l’on fait du bon travail…

    Mais je suppose que vous allez me démontrer le contraire.

  5. BoulaQuick 04/10/2012 at 12:15

    Bonjour @Bruno Landrieu.

    J’espère que monsieur Mani comprendra la moitié de votre intervention. Ca sera déjà un pas de géant dans la compréhension des reproches qui sont faits à ses clients (car ce n’est l’image de sa société qui en souffre directement)